So then I turned my feet and went back home

Un mois.

Voyager un mois, c’est s’exposer davantage à cet étrange phénomène : vous vous déplacez, vous bougez, vous voyez plein de choses, pendant que ceux restés là où vous étiez continuent de faire ce qu’ils faisaient avant. Ne dérogeant pas ou peu de leur routine, ce qui est parfaitement normal et logique, ils seraient presque étonnés d’apprendre qu’ils vous ont manqué, que le voyage vous a paru à la fois court et long parfois, et même que vous aviez envie de rentrer sur la fin, surtout en sachant que votre vol de retour n’était pas certain. Une fois rentré(e), vous voilà toute contente, voire excessivement enthousiaste, parce que les vacances, les rencontres, les découvertes, vous ont à la fois fatiguée, enthousiasmée, changée, reposée, mais vous ne pouvez pas vraiment en parler ni vraiment partager ça, parce qu’ils n’étaient pas là, et parce que vous avez envie de les retrouver dans leur quotidien, parce que… parce que.

Pendant un mois, je me suis parfois demandée si je manquais aux gens.

Pendant un mois, j’ai aimé marcher sans but dans les villes que je traversais, et je suis tombée amoureuse de San Francisco, de ses rues en pentes, de ses gens ouverts, de son ambiance particulière.
Mais mes mollets, eux, ont commencé à crier grâce dès mon retour à Montreal.
Dévaler toutes les pentes du Chinatown de San Francisco en 10′ pour arriver à l’heure à un dîner (hello claire & françois), grimper l’escalier du Mont-Royal et arriver à bout de souffle, ou remonter à contre-courant la foule venue acclamer les athlètes olympiques canadiens un dernier après-midi à Montreal… n’a sans doute pas aidé.

J’ai changé 4 fois de fuseau horaire, me retrouvant à 6h du matin, 3h dans ma tête, à prendre un petit déjeuner dans un aéroport quasi vide, après avoir plaisanté avec les officiers de la douane qui tentaient de parler français. Avant de m’endormir, entièrement emmitouflée dans un hoodie, capuche comprise, derrière des lunettes de soleil, roulée en boule devant le soleil qui se levait sur Philadelphie, cédant à l’épuisement, me demandant, fatiguée, ce que je faisais là.

On m’a demandé 6 fois le chemin à suivre dans des villes que je ne connaissais pas, sans doute parce que j’ai toujours cette attitude particulière de la fille qui semble vivre là et se fond dans le décor. Le plus surréaliste étant sans doute ce conducteur perdu dans la forêt au sud du Golden Gate, demandant son chemin à la fille tout aussi perdue ou presque qui s’aventurait sur un rond-point alors que tous les chemins piétonniers étaient fermés en se demandant à quel moment elle allait finir fauchée par une voiture.
Deux km de traversée à pied sur le pont en lui-même plus tard, je me demandais aussi pourquoi je dépassais régulièrement cette joyeuse bande de marathoniens coréens en cirés vert pomme.

J’ai levé les yeux sur un séquoia géant dont les racines, ramollies, chaudes, presque accueillantes, me donnaient envie de rester là, au milieu de la neige où je m’enfonçais pourtant de plus en plus.
Ou sur un palmier tout aussi haut, fier parmi les innombrables palmiers de Los Angeles. Les gens en tongs dans la neige. Et quatre paires de tongs achetées sur un craquage dans un Old Navy.

J’ai fini, allez, par hurler Go Sharks ! autant que les autres spectateurs enthousiastes du match de hockey San José / Vancouver. Sensation de vertige en découvrant l’immense salle. 6 bagarres plus tard, je demandais jusqu’à combien de joueurs on pouvait exclure d’un terrain :)

Et cette impression de déjà-vu surréaliste en passant d’une salle d’art contemporain à une autre au SFMOMA, parce que toutes les gardiennes étaient asiatiques, petites, un peu rondes, d’un certain âge, avec un air vaguement sévère et des petites lunettes rondes ? …

Je suis passée (merci Rébek & Nico) pour une grave psychopathe dans un California Pizza Kitchen pour une boîte vide en carton, non montée et à emporter please… Du coup, au point où j’en étais, deux jours plus tard, j’ai fini par demander à mes voisins de table d’un fast food paûmé où était l’entrée de l’Ikea qui n’existait pas. Une crise de fou rire à en pleurer (de fatigue, de craquage) plus tard, parce qu’on faisait pour la 4ème fois le tour d’une aire de repos, il s’est avéré qu’il s’agissait de l’unique entrepôt californien du coin.

Tenue été bord de mer à la tenue hiver polaire manteau en moins de 24h.

J’ai dessiné un, deux, trois, quatre, cinq, six ? petites voitures (merci Lilas, Mony & Seb), et regardé la nuit tomber sur la terrasse où un barbecue tentait de cuire des travers de porc :)

Une tempête de neige, une tempête de poussière où on ne voit plus rien à part, à peine, la route droit devant, les calculs pour ne PAS être encore en train de rouler quand la nuit va arriver, la consultation systématique des cartes routières, les conversions de miles en km mais en fait non laissons tomber, les routes qui n’existent pas mais en fait si mais non, et les routes en lacet, la non priorité à droite, tourner au feu rouge, cette voiture croisée dans un virage en montagne qui transportait des morceaux de glace sur son toit, glace qui se renversait allègrement dans les virages et -ouf- pas sur nous, et chanter / hurler pour aller danser le Jerk sur de la musique pop en entrant de nuit à LA, pour ne pas s’endormir. 15 fois I Wish that I could see you soon.

Et un après-midi entier dans une zone commerçante en descendant de deux jours en montagne au milieu de nulle part, 6 fois le même pull essayé, une fin de soirée directement dans un jacuzzi dehors, la nuit, à parler de vieux animés (merci Matthieu !)…

Les connexions sur l’iPhone à 1h du matin pour parler avec des gens qui commençaient leur journée à 10h, les messages sur twitter, les rencontres à Montreal (merci Audrey) pour constater que l’entente spontanée existe (merci à la rieuse Christine), et puis voir par hasard Al Gore, finir dans une salle de conférence à écouter des gens qui veulent changer le monde au milieu de 2000 autres personnes.

Et encore, et encore, courir dans les chambres d’hôtel là haut là haut à Toronto, s’envoler presque à Québec tellement il fait froid / venteux, avoir trop chaud près d’une cheminée, chercher son chemin vers une cabane dans une nuit noire sous la neige et être heureuse d’avoir pensé à acheter une lampe torche dans un « tout à un dollar », se réveiller dans ladite cabane et entendre les gens hurler au lever du soleil, se balader dans un sentier avec une brosse à dents, les montagnes de la côte de Big Sur qui se jettent dans l’océan, ne rien comprendre à l’accent québécois, manger n’importe quoi, et des oreos ou des pancakes defrozen au petit déjeuner mais ne pas mettre assez de sirop d’érable… ne plus savoir quelle heure il est ni où on est…

Des certitudes, confirmations, des regrets, d’agréables surprises sur des rencontres / retrouvailles.

Et poser pied en France sans avoir dormi de la nuit, la tête à 3h du matin, s’effondrer deux heures dans l’après-midi, revoir les amis, s’étonner de la chaleur en France, faire un pique-nique, déjà.

Un mois de trop de choses vues pour en parler vraiment. M’avez-vous déjà croisée depuis deux jours, je ne vous en ai sans doute pas vraiment parlé, finalement… Mais mon carnet est encore avec moi.

Un voyage, en fin de compte, ne se raconte pas vraiment, et les souvenirs les plus vivaces qu’on en aura ne seront souvent pas explicables. Quant aux photos, elles arriveront bien un jour…

(Et se réveiller enfin chez soi). Back in France

8 thoughts on “So then I turned my feet and went back home

  1. 26 avril, 2010 at 7 h 13 min

    ça avait l’air chouette !
    welcome back. :o)

  2. 26 avril, 2010 at 10 h 03 min

    J’aimerais bien être capable de faire ça, mais je ne crois pas pouvoir partir seule, j’ai besoin de partager sur le moment, j’aurais peur de ce que tu racontes, rentrer et être en décalage avec tout le monde. Je t’admire pour ça !

  3. 26 avril, 2010 at 11 h 23 min

    Très joli post de souvenirs! Tu en as fait des choses pendant ce petit gros mois, c’est ce qui compte et c’est chouette! :)

  4. Jooles
    26 avril, 2010 at 21 h 36 min

    Ow… C’est drôle, on est pas du tout allées dans le même genre d’endroits, on a pas du tout fait le même genre de voyage, mais je me reconnais encore une fois de plus là-dedans :s
    Et c’est drôle aussi, parce que je m’apprêtais à dire un truc sur le groupe et j’ai lu ton titre d’article…
    Bref, ce que je voulais dire, c’est qu’en tout, pendant mes 36h de vol, je vous ai beaucoup écoutés, sur mon MP3 de 2GB acheté en urgence à Paris parce que j’avais oublié mon iPod à Rouen, et qu’à l’aller comme au retour, je crois que vous êtes une des rares choses qui m’ont empêcher de pèter un câble de stress ou de chagrin, et de faire demi-tour.

  5. 27 avril, 2010 at 16 h 23 min

    Karine : merci ! :)
    Vanz : Bah, je n’ai pas voyagé tout à fait seule, j’essaie de faire un mix toute seule / avec ou chez des gens à chaque fois que je pars, pour équilibrer. Je ne serais pas capable de partir toute seule non plus, hein…
    sironimo : merci, merci, et merci :)
    Jooles : tu sais que peu de gens savent que c’est le titre d’une chanson de MiLK hein ;) Et contente de savoir ça, les chansons ont un pouvoir calmant ?

  6. Jooles
    27 avril, 2010 at 18 h 59 min

    Tellement ^^
    J’aime bien les mots de MiLk, j’aime bien sa façon de les dire, c’est serein, je trouve, ça fait du bien.
    J’ai « Call waiting » dans la tête depuis 3 semaines, tu peux demander à Youenn, je l’ai chanté faux pendant toute l’Afrique :D

  7. 2 mai, 2010 at 11 h 58 min

    Ca me donne envie de partir. Bravo pour ce road-trip :)

  8. 2 mai, 2010 at 12 h 02 min

    Jooles : J’ai presque envie de te demander de le chanter la prochaine fois :)
    TheCélinette : C’est toujours bien de partir :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *