Japon, 22 jours (part 1)

Deux ans, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour me décider, en ce dimanche de long week-end, à trier moins d’un millier de photos prises lors de ce voyage au Japon. Vingt-deux jours en parenthèse, un des plus beaux voyages que j’ai fait, alors qu’il s’agissait de mon premier voyage seule. Seule mais pas vraiment à vrai dire : je partais rendre visite à une amie qui avait décidé de vivre là bas pour un an, la fin du voyage me verrait logée chez une autre connaissance, et des amis partaient quasi dans le même laps de temps que moi, même s’il n’était prévu de se croiser que quelques fois. Au final, cette combinaison de facteurs, être voyageuse solitaire sans l’être tout à fait, fait que je ne peux regarder ces photos sans sourire à tous ces souvenirs heureux.

J’étais stressée avant de partir, naturellement.


(Le salaryman que j’ai paniqué dès le début de sa journée, huhuhu).

La barrière de la langue me faisait peur (« les japonais ne parlent pas du tout anglais ! » me répétait-on. Ce n’est pas tout à fait vrai).
En fait, ne rien comprendre aux indications est un bon moyen de se sentir dépaysé(e). Au second jour, je m’étonnais moi-même en allant demander à un voyageur si j’étais dans le bon train, m’attirant un regard totalement paniqué du salaryman en question, je prenais déjà le pli de photographier le nom en kanji / hiraganas de l’endroit où je voulais aller histoire de ne pas être perdue si la version en romanji disparaissait (oui, heureusement, à Tokyo ou Kyoto par exemple, la plupart des stations de train sont sous-titrés à la façon occidentale), transit maps sur mon iPhone commençait à devenir mon meilleur ami vu que j’y avais téléchargé deux plans de métro / train, je passais mon temps à regarder en souriant les multiples panneaux avec petits dessins mignons utilisés pour un peu tout, et je me fondais déjà dans la foule.

Car mon autre appréhension concernait le racisme latent dont on m’avait à maintes reprises parlé. Je n’aurais pas l’étiquette « touriste bien occidentale » collée sur le front vu mes origines, et j’ignorais comment les japonais réagiraient à ma couleur de peau / mes origines mélangées. Au final, surprise, je me suis fondue dans le décor : je pouvais presque passer pour une japonaise très très mate de peau de l’île d’Okinawa au sud de l’archipel, et chose curieuse à laquelle je ne m’attendais absolument pas, ma part d’éducation asiatique a repris le dessus de façon quasi inconsciente dans ma démarche, mes réactions, ma façon d’être. Je me souviens de la réflexion de cette demoiselle, aux premiers jours à Tokyo, me disant que je donnais presque l’impression d’avoir toujours vécu là. Je ne souffrais même pas du décalage horaire, et n’ai jamais aussi bien dormi que de ce côté là de la planète.


(Deux ans plus tard, on ne sait toujours pas ce que ça voulait dire… ne pas rouler assis à l’envers sur son vélo ?)

Concernant la complexité du réseau ferré, par contre, je ne remercierai jamais assez la demoiselle dont je parlais plus haut de m’avoir accueillie dès mon arrivée et descente d’avion, conduite à la machine délivrant les tickets, et m’avoir expliqué (et ré-expliqué et ré-expliqué !) le fonctionnement desdites machines. Non parce que ça, par contre, c’était pas de la tarte (même si j’ai un peu oublié depuis comment ça marchait, à part qu’il fallait bien savoir où on voulait aller et se préparer psychologiquement à ne pas trop angoisser devant ladite machine).

12

Avoir quelqu’un sur place présentait de nombreux avantages, notamment celui d’avoir nos billets d’entrée pour le Musée Ghibli d’avance et pas comptabilisés dans le quota d’étrangers admis par jour. Oui, à l’époque (je ne sais pas si ça a changé ou pas), il y avait donc un quota de visiteurs « non japonais ayant pris leur billet sur le site bien avant parce que sinon c’est complet très vite » par jour. Nous aussi ça nous a surpris, hein. Tout comme le fait que l’originalité du Musée Ghibli tenait surtout au fait que son architecture et décors étaient extrêmement… occidentalisés. Au temps pour le dépaysement et la culture asiatique, mais tout le reste a été à la hauteur des grands fans de Miyazaki que nous étions / sommes. Et puis bon, il faut l’avoir fait.

Et n’empêche, avoir le géant du Château dans le Ciel, Laputa, en très grand, c’est très chouette.
Se balader à côté du café Porco Rosso, voir des fenêtres ornées de vitraux avec des personnages des films de Miyazaki, regarder des enfants jouer dans un chatbus grandeur nature dont les adultes étaient exclus (y compris bizarrement le personnel du musée, ce qui a donné lieu à une scène assez drôle où un petit écolier terré au fin fond de cette peluche géante de chatbus refusait avec entêtement d’en sortir. Ca n’a pas l’air, dit comme ça, mais vu le taux d’obéissance de l’individu moyen, y compris chez un enfant, voir les employées tenter de le convaincre d’en sortir sans trop le toucher ni le forcer était fascinant), tout cela était très très chouette pour un (presque) premier jour.
Les photos étaient interdites à l’intérieur, oui, c’est dommage.


(Ce qui est perturbant c’est que… vous voyez un chatbus ou un totoro là ?)

Dans le quartier d’Asakusa où nos pas nous ont portés ensuite, il y avait un temple, connu. De nouveau je m’y suis senti chez moi (enfin, hors foule qui s’y pressait), du fait de l’odeur de l’encens, avec les bâtons à planter… On a tiré des présages, et s’ils étaient mauvais, il fallait les attacher (je dis peut-être des bêtises, ça fait bien longtemps). J’ai aussi mangé pour la première fois à genoux, et j’ai vite compris que je n’allais pas tenir longtemps comme ça… On a fini au dernier étage (le 45ème, tout de même) de la mairie de Shinjuku, pour voir Tokyo la nuit, et c’était… chouette (oui, je dis tout le temps chouette).

Ce dont je me souviens aussi de ces premiers jours, et même particulièrement DU premier jour, ce sont les bruits ambiants. Un environnement sonore tellement différent. Le Japon, en tout cas dans les grandes villes, est le pays où des voix automatiques (pubs diverses et variées) te parleront dans les rues au milieu de musiques s’échappant des boutiques, presque chaque rayonnage de supérette ou de Don Quichotte (grand bazar où j’ai fini par adorer me perdre sur plusieurs étages) sera doté d’un petit écran publicitaire. Visuellement, des immeubles de luxe où seront projetés des animations tel cet immeuble Chanel sur lequel je suis restée scotchée un bon moment (mais ça sera pour une autre fois hein, déjà que là je ne m’en sors pas).
Et pourtant… je n’ai jamais eu l’impression d’être agressée visuellement ou de façon auditive (ah, si. Quand s’ouvraient les portes d’un pachinko, sorte de salle de jeu local, ça me semblait par contre affreux, à tous les points de vue. Résultat je n’y suis jamais entrée).

Je me souviens aussi de cette promenade le soir de mon arrivée, à Nakano. De ce bol de ramen à la gare, assises au comptoir, et moi qui me disais, voilà, ça y est, j’y suis. Premier jour de 22 jours bien remplis, que je vous narre donc deux ans après (à suivre, et vu que je n’ai réussi à caser en gros que deux jours dans cet article, vous n’en avez pas fini hein)…

(Les autres photos sont par là).

8 thoughts on “Japon, 22 jours (part 1)

  1. Tit'millie
    14 novembre, 2011 at 21 h 03 min

    Ca a l’air très intéressant ce récit. Tu peux envoyer la suite :p

  2. Moo
    19 novembre, 2011 at 0 h 02 min

    C’est dingue, j’y suis allée également il y a 4 ans, et c’était tellement différent de ton (début de) récit! Bon en même temps c’était un voyage organisé avec mes parents où on a pratiquement vu que des temples …. (mais c’était super fun quand même :) Du coup j’ai l’impression de faire une tout autre visite à travers de ton article j’aime beaucoup :) (et j’ai hâte de la suite!)
    PS: Je connaissait pas ce musée Ghibli, ça a vraiment l’air extraordinaire !!

  3. 21 novembre, 2011 at 2 h 15 min

    Raaaaaaaaaaaah !! Comme j’ai tellement envie d’y aller ! C’est génial d’avoir tes impressions ! Continue et merci <3

  4. 21 novembre, 2011 at 14 h 21 min

    Tit’millie : c’est faiiiit, je pense que ce sera tous les lundis en fait… et merci ;)
    Moo : Oh, tu y es allée il y a 4 ans, je ne savais pas… mais combien de temps où comment ?? (oui je suis curieuse). Et le musée Ghibli c’était un peu un rêve réalisé :)
    Ally : Hey merci ! :) C’est un beau pays, et même maintenant il faut y aller !! :)

  5. Moo
    21 novembre, 2011 at 22 h 07 min

    C’était mon cadeau de 18 ans en fait! :D J’y suis allée une semaine et on a parcouru Tokyo à Kyoto (en passant par quelques petites villes dont j’ai oublié le nom!). C’était vraiment magique! Mais maintenant j’y retournerai bien par moi-même pour voir des choses différentes :)
    Ah et je suis rentrée dans un pachinko aussi! C’est vraiment ignoble comme truc… tu as vu les files d’attente devant avant l’ouverture ?

  6. 22 novembre, 2011 at 1 h 43 min

    Moo : Ohlala mais c’est trop chouette comme cadeau ! Je me demande du coup ce que tu as vu à part des temples (enfin à Kyoto j’imagine que tu as surtout vu des temples vu qu’il n’y a que ça :D).
    Et le pachinko ah non mais le bruit, l’odeur, c’était pas possible, y’en avait un entre là où je dormais à Nakano et la gare, ignoble ! Mais du coup jamais vu les files d’attente non :)

  7. 10 janvier, 2012 at 2 h 28 min

    Ah, merci pour ces sensations qui font échos à celles que j’ai éprouvées ! Les sons (le jingle des gares), les odeurs, la porte d’un pachinko qui s’ouvre, chargée de fumée et d’un bruit assourdissant, les ramens à côté de la gare de Arayakushimae le premier soir de mon arrivée, et le marchand de fruits la nuit, en face de la gare, avec ses mandarines et ses kakis-nachis. J’ai éprouvé la même panique que toi devant les machines à tickets et recharge de mon Pasmo ! Et pourtant « ton amie » m’a expliquée à moi aussi, et re-expliqué… Mais quel stress la première fois que j’ai dû le faire seule ! Et quel délice après de me fondre dans la foule du train.

  8. 10 janvier, 2012 at 2 h 38 min

    Pucky Pooka : Ce qui m’étonne c’est que toutes ces sensations sont encore bien présentes, les bruits, les odeurs, tout… plus de deux ans après ! Il y a tellement de souvenirs qui me reviennent parfois de façon totalement incongrue, c’est un voyage qui m’a définitivement beaucoup marquée, et je suis très heureuse de vous y avoir tous croisés là bas… !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *