Idea.

J’avais envie d’écrire des choses légères, moi, tiens. Bon, ce sera pour après.

J’ai trouvé ça beau, tous ces gens qui défilaient. C’était un beau symbole, et tous ces gens unis, qui voulaient montrer qu’on pouvait aussi être ensemble et heureux. Ca faisait du bien après ces trois jours de cauchemar.

Mais je n’y étais pas. Je n’ai pas de raison à donner, en fin de compte : même si je comprends toutes les raisons du monde pour y aller, même si je soutenais les gens qui y allaient, je ne trouvais pas de raison personnelle, de vraie raison, pour y être. En vrai, j’étais aussi épuisée par la semaine écoulée. J’ai vu passer devant moi toutes ces voitures de police qui ralliaient brusquement la station pas bien loin de là où j’attendais, j’ai entendu ce message surréaliste du conducteur de tram qui nous disait « c’est une prise d’otages à porte de Vincennes, c’est le tueur de Montrouge, ne vous inquiétez pas« … et j’ai ensuite entendu les sirènes hurler pendant des heures, pendant que je tentais de faire cours à des gens qui étaient face à moi parce qu’ils avaient choisi de venir vivre en France, terre d’accueil pour eux, censément terre de paix, face à moi parce qu’ils voulaient s’intégrer, apprendre cette langue difficile qu’est le Français. Je sentais une espèce de tension que je n’avais jamais perçue avant, mais je continuais à sourire, à faire comme d’habitude, à blaguer, expliquer, réexpliquer, parce que je reste persuadée que face à ces évènements, le plus important est de continuer à vivre comme d’habitude, avec si possible encore plus de sourire, de bonne humeur, de partage. La secrétaire est venue me demander en blaguant si finalement, on ne devrait pas avoir un budget lits de camp au cas où on resterait coincés sur place, elle qui attendait des nouvelles de son fils enfermé dans son école à porte de Vincennes.

Plus tard, en attendant ce tramway qui ne venait jamais, je regardais les gens continuer leur petite vie, mais avec plus de dialogues que d’habitude : ici des gens qui ne se connaissaient pas qui regardaient ensemble les infos sur un smartphone tenu à bout de bras, là un vendeur d’herbes aromatiques dans la rue qui demandait où ça en était à tous ses clients. J’ai entendu une bande de jeunes pester qu’on allait encore les montrer du doigt, en soupirant que de toutes façons, ils avaient tous grandi ensemble, avec les juifs, musulmans, asiatiques de tous bords, noirs, blancs, etc, et qu’il y avait des cons partout, rien à voir avec d’où on venait et qui on était… à côté, des petits vieux qui les écoutaient ont hoché la tête d’approbation.  Je me suis demandée pourquoi les équipes de tv jamais ne venaient filmer les gens qui s’entendent malgré tout. Je recevais des sms de gens qui suivaient tout ça à la télé et je me disais que c’était tellement décalé.

Juste avant de partir pour ce cours, j’avais écrit ceci sur les réseaux sociaux.

Sinon dans quelques heures je vais aller donner mon cours de fle (Français Langue Etrangère) dans une association qui lutte de plus en plus pour continuer à exister. Dans cette asso il y a ainsi un cours gentiment surnommé « cours des jeunes » où deux profs tentent tous les matins d’apprendre à des jeunes majoritairement issus d’Afrique du Nord (& de nationalité française mais non scolarisés) à, entre autres, lire, écrire, trouver des moyens de s’intégrer, à trouver un travail. Et aimer ce pays qu’est la France. Si si. Et je suis toujours soufflée par leur engagement malgré les difficultés. Et parfois il m’arrive de les croiser à la sortie des cours, et parfois c’est très dur, mais souvent, ils sourient, épuisés, mais heureux.
J’ose espérer que les gens au bout d’un moment, passé le stade de l’émotion, iront réfléchir à un vrai travail de fond et d’éducation à faire.

Je le pense toujours, aujourd’hui encore plus. Poser les bases pour qu’on puisse vivre ensemble, éduquer, et continuer à parler et rire ensemble, ça n’est pas le bout du monde, non ? Au delà des pancartes, des affiches, au delà des symboles… non ?

J’ai cette chanson dans les oreilles quand je prends le train en ce moment. J’ai envie d’écouter des choses joyeuses, positives. Parce que plus que jamais, je le vois, je le constate, le monde se transforme autour de soi en fonction de la façon dont on se comporte. Allez, c’est parti, comportons-nous de telle façon qu’on ait un monde à la mesure de nos espérances.

(Akdong Musician, Idea).

Et puis vous pouvez aussi lire ceci, « Pour mes élèves de Seine Saint-Denis« , ça m’a bien parlé aussi.

2 thoughts on “Idea.

  1. MissRumeur
    11 janvier, 2015 at 23 h 11 min

    en fait, je n’ai pas de commentaires intelligents à faire. Juste pour dire que j’étais passée te lire par ici et que j’ai aimé la facon dont tu as retranscrit ce vendredi de cauchemar comme tu dis…

  2. littlesa
    12 janvier, 2015 at 22 h 30 min

    Merci d’avoir commenté, il n’y a pas de commentaire intelligent dans l’absolu tu sais ;)

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